Sunday, July 25, 2010

Sur Van Eyck

Dans la notice qui accompagne le diptyque ``La crucifixion; Le jugement dernier `` exposé au Metropolitan Museum de New York, son auteur, un certain Jan van Eyck, est décrit comme ``le plus célèbre peintre de l’Europe du 15ème siècle.’’ Il se trouve que Van Eyck est aussi un de mes peintres préférés. J’ai donc pensé qu’il serait fort à propos de suivre mon dernier message sur l’art du Moyen Art par un bref exposé de son œuvre. Surtout que Van Eyck est en quelque sorte le peintre qui marque le plus nettement la rupture avec l'époque médiévale, puisqu’il s’applique à reproduire la nature avec un maximum de minutie alors qu’on se contentait auparavant de la symboliser.

Jan van Eyck fait ses débuts de peintre dans les premières décennies du 15ème siècle. Son contemporain, l’architecte florentin Filippo Brunelleschi, venait de découvrir les règles mathématiques de la perspective, précipitant la grande révolution du quattrocento italien que nous connaissons tous bien. Mais ces progrès fulgurants dans l’art italien n’avaient pas encore eu d'écho en Europe du Nord.

Plutôt que de s’appuyer sur des règles mathématiques pour donner l’illusion de perspective, Van Eyck s’applique à recopier le plus précisément possible chaque détail de la nature. Il travaille comme un appareil photo. L’illusion de perspective est créée presque inconsciemment parce qu'il parvient à reproduire la nature -ses formes et ses couleurs- exactement telle qu’il la voit. Ces œuvres sont comme des miroirs de la réalité.

Les exigences techniques de la méthode de Van Eyck vont d’ailleurs le pousser à une nouvelle innovation fondamentale dans l’histoire de l’art : l’invention de la peinture à l’huile. Jusqu’alors, on utilisait couleurs à base de blanc d’œuf, qui, tout en répondant aux besoins des peintres du Moyen Âge, avaient pour Van Eyck l’inconvénient de sécher trop vite. Van Eyck avait besoin de couleurs qu’il pourrait modifier au fur et a mesure de son travail. Il devait pouvoir se corriger, et travailler aussi longtemps que son souci du détail l’exigeait. Certains historiens de l’art commencent à douter que Van Eyck ait vraiment été le premier à fabriquer des couleurs à base d’huile. Il est en effet possible qu’il se soit approprié la technique d’un obscur contemporain, mais au fond, ces détails n’ont pas vraiment d’importance. Ce dont on peut être tout à fait certain, c’est que Van Eyck est le premier à s’être servi de peinture à l’huile systématiquement dans ses tableaux.

Ainsi, Van Eyck exerce une double influence sur la peinture européenne: il rompt avec le Moyen Âge en reproduisant la nature comme il la voit, et il invente la peinture à l'huile. On peut certainement dire qu'il s'agit d'un des tout grands de l'histoire.

Friday, July 23, 2010

L'art du Moyen Âge

Voilà plus d’un siècle que les œuvres d’Émile Mâle ouvrent l’accès à l’univers merveilleux de l’art du Moyen Âge. Déjà en 1906, un jeune Proust qui n’avait pas encore commencé sa Recherche adressait à Émile Mâle une lettre dithyrambique où il exprimait d’ailleurs le souhait de le rencontrer un jour. J’ai le plaisir de m’inscrire à mon tour dans cette illustre lignée des admirateurs d’Émile Mâle, puisque je viens de commencer son ouvrage monumental sur l’art religieux dans la France du 13ème siècle, dont j’aimerais partager avec vous quelques notes. Sachez que je n’en suis qu’au deuxième chapitre…

Si l’art du Moyen Âge parait naïf au premier regard, c’est parce qu’il fait appel à un langage oublié. Il est impossible de l’apprécier à sa juste valeur sans en connaitre le vocabulaire, la syntaxe et les conventions.

Un artiste du Moyen Âge ne se soucie pas de représenter la nature et les personnages tels qu’il les voit. Au contraire, il cherche plutôt à les symboliser. Pour peindre une rivière, il se contente de tracer des lignes ondulées. Le ciel est représenté par des arcs de cercles concentriques. St. Pierre a toujours les cheveux crépus et la barbe drue. St. Paul a le front chauve et la barbe longue. Lorsqu’il s’agit de montrer des personnages vivants, la représentation est aussi réduite à des symboles facilement reconnaissables. Par exemple, le boulanger du village tiendra en main une miche de pain. Il ne s’agit pas de représenter le boulanger mais de l’identifier.

Les artistes ont aussi le souci de la symbolique des nombres et de l’espace. Le Moyen Âge croit en la vertu des nombres (il s’agirait d’un héritage des écoles néo-platoniciennes et de Pythagore!). Sept et douze sont sacrés, puisqu’ils correspondent à la somme et au produit de trois (chiffre de la trinité) par quatre (chiffre des éléments). La symétrie est prisée pour l’équilibre qu’elle apporte. L’espace est aussi hiérarchisé. Le haut et la droite sont préférables; les personnages les plus dignes sont donc placés en haut à droite par rapport au Christ, qui occupe le centre. Bref, Dan Brown n'aurait pas fait mieux...

Je ne vous sers que des amuse-gueules. Pour aller au fond des choses, il faudra que vous lisiez Émile Mâle. Mais tout ça pour dire que l’art du Moyen Âge ne doit pas être jugé que sur des bases esthétiques. Il faut chercher plus en profondeur. Souvent, la dimension symbolique, cachée, donne vie à un tableau qui paraît simpliste au premier regard.

Tuesday, July 20, 2010

La peste

On accuse parfois Albert Camus d’être un ‘philosophe pour classe terminale’. Si ses essais philosophiques (Le mythe de Sisyphe en tête) paraissent certes un peu légers, cette critique n’en est pas moins absurde puisque Camus disait de lui-même : « Je ne suis pas un philosophe ». Mais je compte bien, pour ma part, profiter de ce que je suis moi-même un élève de terminale pour partager quelques commentaires sur l’une de mes récentes lectures: La peste, roman publié par Camus en 1947.

Inutile de résumer l’intrigue pour gâcher le plaisir futur de ceux qui ne la connaissent pas. Je me contenterai de commentaires généraux.

S’il y a bien un mérite qu’il faut reconnaitre à ce roman, c’est qu’il est, sans être tout à fait palpitant, assez "accrocheur" pour donner envie au lecteur de passer à la prochaine page. Il diffère déjà en cela de nombre de ses contemporains.

On a toujours fait le rapprochement entre le fléau de la peste, tel que décrit par Camus, et le ras-de-marrée nazi que Camus a vécu (et contre lequel il s’est d’ailleurs battu dans la résistance). J’ignore si Camus a lui-même encouragé ce rapprochement, mais il m’a semblé surtout que la peste était un moyen pour lui de confronter ses personnage à une mort imminente à laquelle ils réagissent tous différemment. Car c’est avant tout de ces réactions dont il est question dans cet ouvrage : comment les personnages affrontent-ils la menace d’une mort imminente? La peste oblige les personnages à se poser des questions existentielles que nous portons tous en nous, avec la différence que l’imminence du danger les force à agir en conséquence.

On sent un réel souci chez Camus de représenter des personnages vrais. Cela ne veut pas dire qu’ils sont banals, mais on sent bien qu’ils auraient pu exister en dehors du roman, et que, s’ils sont plus ou moins faillibles ou admirables, ils sont toujours authentiques. Si Sartre était l’initiateur de cette idée philosophique d' ‘authenticité’, ses œuvres restent souvent d’une abstraction et d’une opacité sans pareil. Chez Camus en revanche, il n’y a pas de sens cachés. Les personnages sont décrits toujours objectivement, dans toute leur crudité, mais toujours avec un raffinement, une élégance, et une sensibilité qui font bien le génie de l’auteur.

Sunday, July 18, 2010

Une nouvelle orientation

Le temps est sans doute venu d'annoncer à mes rares lecteurs qui ne le savent pas déjà que je quitterai bientôt Ottawa pour Princeton, dans le New Jersey, où je ferai un Bac de quatre ans... dans un domaine que je n'ai pas encore choisi.

À priori, rien ne m'empêche de maintenir ce blog en continuant de commenter des questions politiques d'actualité. Mais je constate que la politique m'intéresse moins qu'autrefois. Je ne nie pas son importance, mais j'ai tendance à penser que le choix entre Stephen Harper et Michael Ignatieff est si facile, si évident, qu'il n'admet pas de débat intelligent. À force de montrer qu'Ignatieff ferait un meilleur chef d'état que Harper, je finis par devenir un genre de Richard Dawkins d'occasion qui prêche au converti tout en étalant des évidences irréfutables que ses détracteurs trouvent toujours moyen d'ignorer.

Si les électeurs ne sont pas capables de faire le constat qui s'impose, c'est qu'ils sont mal informés ou qu'ils choisissent de faire le sacrifice de l'intelligence au profit de l'émotion. Dans les deux cas, il n'y a rien à faire.

Mais loin de mettre fin a ce blog qui reste jusqu'à ce jour une merveilleuse aventure, j'ai pensé profiter de mon départ à Princeton pour le réorienter sur une nouvelle voie. Plutôt que de parler politique, j'aimerais partager quelques commentaires et réflexions sur mes nouveaux sujets d'études. Il y aura donc un peu de tout: de la philosophie et de la littérature certainement. Aussi de l'histoire, des questions économiques, et peut-être même de la physique ou de l'astronomie!

Pour vous, chers lecteurs, ça sera l'occasion de revoir quelques notions de jeunesse que vous avez oubliées. Pour moi, ça sera un bon moyen de faire la synthèse de mes notes de cours! En somme, nous quitterons les querelles politiques qui occupent l'actualité pour voir des questions d'ordre plus fondamental. ...En tout cas, ça sera l'ambition.

Thursday, July 15, 2010

Sarkozy ou Harper

On se posait la question ce soir en famille de savoir qui de Harper ou Sarkozy était le pire chef d’état.

Sarkozy est avant tout un sale type. Toujours prêt à profiter d’une crise, il est sournois, calculateur et redoutablement démagogue. Il est surtout rancunier. Sarkozy n’hésite pas à régler ses comptes avec les journalistes qui ne lui plaisent pas (un petit coup de téléphone au patron du journal suffit à liquider une carrière). Il a mis en exil bruxellois Rachida Dati, sa Ministre de la Justice et étoile montante de son gouvernement, qui avait finit, semble-t-il, par monter trop haut.

Harper n’est pas moins détestable. Les tactiques qu’il a employées contre Stéphane Dion le confirment bien. Mais il a le défaut supplémentaire d’être un idéologue de la droite religieuse, à la tête d’un parti qui n’est qu'un sous-produit idéologique du Parti Républicain. Son projet de rendre facultatif le formulaire long du recensement est un exemple récent, parmi tant d’autres.

Sarkozy est un type dégueulasse. Harper est bien plus : il est dangereux.

Friday, July 9, 2010

The Long Form

In grade 8, I did a school project comparing divorce rates in aboriginal families living on reserves to those living off reserves. Statistics Canada was my only source of data, and it allowed me to create a piece of work that I was really quite pleased with.

If the Conservatives have their way, students in grade 8 will soon be denied the information that allowed me to undertake this project. That's because the Conservative government in planning on making the Census long form voluntary. That's right, voluntary.

I don't think I need to say anything more. Simply follow this link and brace yourselves. This government isn't just incompetent, it is dangerous.

Sunday, July 4, 2010

Notre sénat

Je me suis déjà porté quelques fois sur ce blogue à la défense de nos sénateurs, qui, malgré tous les avantages dont ils jouissent, jouent à mon avis un rôle utile dans notre démocratie.

En lisant un article dans le New Yorker ce matin, j'ai pensé qu'il y aurait peut-être un certain parallèle entre la fonction du Sénat canadien et celle de la Cour suprême des États-Unis.

La Cour suprême américaine, comme notre Sénat, est un organe quasi-politique. Les juges sont nommés par le Président, et s'ils ne sont pas censés voter en fonction de leur affiliation politique, ils suivent presque toujours la ligne du parti qui les a nommés.

C'est en cela que la Cour suprême américaine ressemble bien davantage à notre Sénat qu'à notre Cour suprême. La nouvelle juge Elena Kagan avouait cette semaine en conférence de presse avoir toujours voté pour le parti démocrate. Jamais un juge canadien n'aurait osé faire pareille déclaration.

La Cour suprême américaine, comme notre Sénat, freine souvent des projets de lois que le gouvernement souhaiterait adopter. Les procédés sont évidemment différents, mais le résultat est foncièrement le même. La Cour suprême du Canada invalide aussi des projets de loi, mais beaucoup plus rarement.

Je ne pousse pas plus loin mon raisonnement -en tout cas pas ce soir, comme il est tard-. Je ne dis évidemment rien de particulièrement intéressant, mais il y a peut-être là une piste de réflexion.