OK- no guarantees, but I am going to try to get my blog running again! This week has actually been relatively easy so I certainly have more time on my hands than I usually would, but blogging should do me good anyway… it makes me feel closer to home.
I don’t really follow Canadian politics any longer. In fact, I’m slightly ashamed to admit that don’t really keep track of anything that goes on outside the Princeton gates. But I still have plenty on my plate!
I’d actually like to use this page to talk a little bit about what I have been learning in my classes (as much for me as for you!) and more generally about life in Princeton.
I’d like to start today with a few words on the Divine Comedy, which I have been studying for the entire semester with a truly wonderful professor called Robert Hollander in a ‘freshman seminar’, which is a small class capped at 12 students and open only to first year students. It has been a very interesting experience for me because I must admit I wasn’t initially sold on the poem! I like reading and I like writing, but I was for the first few weeks very dubious about the kind of work we were doing, which basically involves analyzing each line of the poem, sometimes from the most unlikely angles, to extract meaning which never gets past the point of conjecture.
In a way, I’m still not a fan of this kind of work –I guess it’s called literary analysis, but I have found in the past couple of weeks that it has allowed me to connect with the poem on a deeper level and certainly helped me enjoy it more. While I have been able to confirm that I will surely never end up teaching in a language department, I have also gotten to a point where I feel I can pick up a more opaque work of literature and understand it in a way I would not have been able to at the start of the year. In fact, to my great surprise, I found myself last night falling asleep reading the first few Cantos of Purgatorio (the second volume of the Divine Comedy which we have not covered in class) and actually enjoying it!
So although we can debate the value of literary analysis and ask ourselves whether the fact that a certain word appears a certain number of times in certain regular intervals matters at all, the process of reading a work like the Comedy slowly and carefully, taking the time to consider even the most far-fetched hidden-meanings, does make future reading more fun. I guess that’s the point of it all.
Saturday, December 4, 2010
Wednesday, August 25, 2010
Interruption
Je suis submergé par les préparatifs de mon départ pour les États-Unis samedi matin, ce qui explique pourquoi je n'ai pas mis à jour mon blog. Je ne serai vraisemblablement en mesure de reprendre qu'à partir de mardi prochain. D'ici là, à bientôt!
Monday, August 16, 2010
Vermeer
J'attends depuis bien longtemps de consacrer un billet à l’œuvre de Jan Vermeer. Comme j'ai commencé cette semaine à découvrir le 17ème siècle hollandais (par l'entremise de René Descartes…), j’ai pensé que le moment était bien choisi de dire quelques mots au sujet de ce peintre qui est l'un de mes préférés.
D’abord, quelques précisions biographiques. Vermeer est né à Delft en 1632 et mort en 1675. S’il n’appartient pas tout à fait à la génération de mon ami Descartes, il est en revanche le contemporain direct du non moins célèbre Spinoza (1632-1677). Élevé protestant, Vermeer se convertit à l'occasion de son mariage avec une catholique qui lui donnera d’ailleurs quatorze enfants. En Hollande protestante, les catholiques n’étaient pas persécutés comme ailleurs en Europe, mais ils avaient un devoir de discrétion. La religion semble avoir été importante pour Vermeer, ainsi qu'en témoigne son célèbre tableau du Metropolitan Museum of Art, l’Allégorie de la Foi (1670-74). Notez bien l’iconographie du tableau : le Christ sur la croix, la pomme et le serpent du pêché, écrasé ou éventré.
Vermeer est un peintre inégal. Il a peint certains de mes tableaux préférés, dans lesquels son génie éclate, incontestable. Citons simplement l’Art de la peinture, La Laitière, La Jeune Fille à la perle, parmi bien d’autres. Mais Vermeer, à l’opposé d’un Rembrandt dont la parfaite maitrise technique ressort même dans ses tableaux les moins célèbres, a peint nombre de tableaux qui paraissent, à mes yeux d’humble amateur, carrément ratés. On trouve des défauts de perspective évidents, des corps figés au modelé maladroit. Un gouffre sépare ses chefs-d’œuvre de ses tableaux moins connus. On sait que Vermeer était un habitué de la camera obscura. Or le maniement de cet instrument était, apparemment, loin d'aller de soi. On tient là peut-être l'explication des erreurs de perspective qui déparent trop souvent ses toiles.
De toute façon, il me semble que le génie de Vermeer réside surtout dans sa couleur. Évidemment, pour ce qui est de ses plus grands tableaux, tous les éléments sont présents: trait, couleur, composition. Mais de manière plus générale, ce qui fait aimer Vermeer, c’est surtout son génie de coloriste qui parvient à donner à des scènes bourgeoises, à l’apparence anodine, un caractère presque divin.
D’abord, quelques précisions biographiques. Vermeer est né à Delft en 1632 et mort en 1675. S’il n’appartient pas tout à fait à la génération de mon ami Descartes, il est en revanche le contemporain direct du non moins célèbre Spinoza (1632-1677). Élevé protestant, Vermeer se convertit à l'occasion de son mariage avec une catholique qui lui donnera d’ailleurs quatorze enfants. En Hollande protestante, les catholiques n’étaient pas persécutés comme ailleurs en Europe, mais ils avaient un devoir de discrétion. La religion semble avoir été importante pour Vermeer, ainsi qu'en témoigne son célèbre tableau du Metropolitan Museum of Art, l’Allégorie de la Foi (1670-74). Notez bien l’iconographie du tableau : le Christ sur la croix, la pomme et le serpent du pêché, écrasé ou éventré.
Vermeer est un peintre inégal. Il a peint certains de mes tableaux préférés, dans lesquels son génie éclate, incontestable. Citons simplement l’Art de la peinture, La Laitière, La Jeune Fille à la perle, parmi bien d’autres. Mais Vermeer, à l’opposé d’un Rembrandt dont la parfaite maitrise technique ressort même dans ses tableaux les moins célèbres, a peint nombre de tableaux qui paraissent, à mes yeux d’humble amateur, carrément ratés. On trouve des défauts de perspective évidents, des corps figés au modelé maladroit. Un gouffre sépare ses chefs-d’œuvre de ses tableaux moins connus. On sait que Vermeer était un habitué de la camera obscura. Or le maniement de cet instrument était, apparemment, loin d'aller de soi. On tient là peut-être l'explication des erreurs de perspective qui déparent trop souvent ses toiles.
De toute façon, il me semble que le génie de Vermeer réside surtout dans sa couleur. Évidemment, pour ce qui est de ses plus grands tableaux, tous les éléments sont présents: trait, couleur, composition. Mais de manière plus générale, ce qui fait aimer Vermeer, c’est surtout son génie de coloriste qui parvient à donner à des scènes bourgeoises, à l’apparence anodine, un caractère presque divin.
Thursday, August 12, 2010
Microéconomie
En annonçant la nouvelle orientation de mon blog, j’ai pris soin de préciser que je toucherais à plusieurs sujets différents. Or jusqu’à présent, j’ai surtout fait des critiques de livres. Il est temps d’apporter du neuf. J’ai donc décidé de consacrer ce billet à la microéconomie!
Je dois commencer par un aveu. Mes connaissances en microéconomie remontent à hier soir. Je viens à peine de terminer le premier chapitre d’un manuel d’introduction et il s’agit donc pour moi, en rédigeant ce message, de consolider mes nouvelles connaissances en les partageant avec vous.
L’économie, telle que je la conçois jusqu’à présent, s’intéresse aux mécanismes qui régissent la distribution des ressources rares dont disposent les individus et les sociétés. La microéconomie place l’individu au centre de son étude. Elle cherche à comprendre comment une entité indépendante (un consommateur, une entreprise) dispose des ressources auxquelles elle a accès de façon à en tirer un bénéfice maximum. La macroéconomie s’intéresse plutôt aux phénomènes de groupe. Elle étudie l’impact de mesures communes (hausse des taux d’intérêts, baisse du niveau d’imposition) sur les collectivités. La microéconomie est évidemment une science vaste, mais qui repose, selon mon manuel, sur les trois concepts suivants.
L’optimisation : Les ressources sont limitées et l’individu choisit donc celles dont il a le plus besoin. Il cherche évidemment à trouver la combinaison optimale, c'est-à-dire celle qui lui apportera le plus grand bien-être. Par exemple, un écolier qui dispose de cinq dollars pour s’acheter des friandises cherchera à trouver la combinaison de chocolats, bonbons et fruits secs qui lui procurera le plus grand plaisir gustatif. Mais évidemment, il ne peut dépasser ses cinq dollars : c’est cette contrainte qui fait le problème économique. L’optimisation, en économie, est toujours restreinte. (C’est pourquoi on parle d’optimisation restreinte)
L’équilibre : Lorsque, à un prix donné, l’offre et la demande sont égales, ont dit que le système économique est en état d’équilibre. Cela signifie que l’offre, la demande et le prix par unité resteront constants jusqu’à ce qu’un événement extérieur vienne perturber le système, qui cherchera alors à se rééquilibrer. À chaque prix correspondent une offre et une demande. Par exemple, il y a très peu d’entreprises qui seraient prêtes à nous vendre des voitures à 1000 $, mais beaucoup de consommateurs qui auraient envie d’en acheter. De même, il y a beaucoup de concessionnaires qui aimeraient nous vendre des Honda à 100 000 $ pièce, mais peu de gens seraient assez dupes pour les acheter.
L’analyse statique : Lorsqu’un phénomène extérieur vient modifier l’offre ou la demande, l’équilibre initial du système économique est perturbé. Le système trouve donc un nouveau point d’équilibre, en fonction de la modification de l’offre ou la demande. Or, dans les cas (habituels) où la perturbation modifie l’offre sans toucher la demande, ou modifie la demande sans toucher l’offre, il devient possible de comparer les systèmes économiques avant et après la perturbation pour en tirer certaines conclusions qu’il m’est impossible, là où j’en suis dans ma découverte, de développer. C’est ce qu’on appelle l’analyse statique.
Je dois commencer par un aveu. Mes connaissances en microéconomie remontent à hier soir. Je viens à peine de terminer le premier chapitre d’un manuel d’introduction et il s’agit donc pour moi, en rédigeant ce message, de consolider mes nouvelles connaissances en les partageant avec vous.
L’économie, telle que je la conçois jusqu’à présent, s’intéresse aux mécanismes qui régissent la distribution des ressources rares dont disposent les individus et les sociétés. La microéconomie place l’individu au centre de son étude. Elle cherche à comprendre comment une entité indépendante (un consommateur, une entreprise) dispose des ressources auxquelles elle a accès de façon à en tirer un bénéfice maximum. La macroéconomie s’intéresse plutôt aux phénomènes de groupe. Elle étudie l’impact de mesures communes (hausse des taux d’intérêts, baisse du niveau d’imposition) sur les collectivités. La microéconomie est évidemment une science vaste, mais qui repose, selon mon manuel, sur les trois concepts suivants.
L’optimisation : Les ressources sont limitées et l’individu choisit donc celles dont il a le plus besoin. Il cherche évidemment à trouver la combinaison optimale, c'est-à-dire celle qui lui apportera le plus grand bien-être. Par exemple, un écolier qui dispose de cinq dollars pour s’acheter des friandises cherchera à trouver la combinaison de chocolats, bonbons et fruits secs qui lui procurera le plus grand plaisir gustatif. Mais évidemment, il ne peut dépasser ses cinq dollars : c’est cette contrainte qui fait le problème économique. L’optimisation, en économie, est toujours restreinte. (C’est pourquoi on parle d’optimisation restreinte)
L’équilibre : Lorsque, à un prix donné, l’offre et la demande sont égales, ont dit que le système économique est en état d’équilibre. Cela signifie que l’offre, la demande et le prix par unité resteront constants jusqu’à ce qu’un événement extérieur vienne perturber le système, qui cherchera alors à se rééquilibrer. À chaque prix correspondent une offre et une demande. Par exemple, il y a très peu d’entreprises qui seraient prêtes à nous vendre des voitures à 1000 $, mais beaucoup de consommateurs qui auraient envie d’en acheter. De même, il y a beaucoup de concessionnaires qui aimeraient nous vendre des Honda à 100 000 $ pièce, mais peu de gens seraient assez dupes pour les acheter.
L’analyse statique : Lorsqu’un phénomène extérieur vient modifier l’offre ou la demande, l’équilibre initial du système économique est perturbé. Le système trouve donc un nouveau point d’équilibre, en fonction de la modification de l’offre ou la demande. Or, dans les cas (habituels) où la perturbation modifie l’offre sans toucher la demande, ou modifie la demande sans toucher l’offre, il devient possible de comparer les systèmes économiques avant et après la perturbation pour en tirer certaines conclusions qu’il m’est impossible, là où j’en suis dans ma découverte, de développer. C’est ce qu’on appelle l’analyse statique.
Tuesday, August 10, 2010
Germinal
Vous me pardonnerez bien le léger retard dans la publication de ce billet. J’ai fait une merveilleuse découverte littéraire en lisant Germinal d’Émile Zola. Sans aller jusqu’à en faire le plus grand roman que j’ai lu de ma vie, il est certainement parmi les cinq premiers (ne me demandez pas de citer les quatre autres). C’est surtout le roman le plus complet. Tous les éléments du chef-d’œuvre y sont présents: l’intrigue est géniale, les personnages inoubliables, le suspense est omniprésent et la richesse de l’écriture est nettement supérieure à tout ce que j’avais lu chez Zola précédemment.
C’est en lisant Germinal que j’ai enfin compris l’immense valeur du naturalisme de Zola. Le roman se déroule dans une mine de charbon en pleine révolution industrielle. Zola nous décrit un monde complexe de pauvreté, d’amours et de haines, avec une précision méthodique qui confronte le lecteur à la misère dans sa forme la plus crue. Aucun détail n’est épargné. Les familles de sept enfants tassées sur trois lits dans une chambre. Les filles qui accouchent à 14 ans, violées impunément par un voisin. La misère est bestiale, mais Zola se garde de faire du misérabilisme. Zola décrit, tout. Et cette description fait comprendre, et donc réfléchir.
Un grand roman, à mon avis, doit faire mûrir son lecteur. Germinal est un roman d’action et de réflexion. Il suscite le questionnement. Il a la même richesse philosophique que les Frères Karamazov, sans en avoir les longueurs. Zola pose le grand problème de l’action politique: la fin justifie-t-elle les moyens? Il initie aux courants de la pensée politique du 19ème siècle. Il rend facilement compréhensible l’engouement général des travailleurs européens pour le communisme. Il fait une plaidoirie magistrale pour la pertinence des sciences économiques, et donne envie de les étudier. Et il parvient enfin à toucher la sensibilité du lecteur par ses personnages profondément humains. Et tout ça sans effort apparent. Zola raconte, Zola décrit, un point c’est tout.
C’est en lisant Germinal que j’ai enfin compris l’immense valeur du naturalisme de Zola. Le roman se déroule dans une mine de charbon en pleine révolution industrielle. Zola nous décrit un monde complexe de pauvreté, d’amours et de haines, avec une précision méthodique qui confronte le lecteur à la misère dans sa forme la plus crue. Aucun détail n’est épargné. Les familles de sept enfants tassées sur trois lits dans une chambre. Les filles qui accouchent à 14 ans, violées impunément par un voisin. La misère est bestiale, mais Zola se garde de faire du misérabilisme. Zola décrit, tout. Et cette description fait comprendre, et donc réfléchir.
Un grand roman, à mon avis, doit faire mûrir son lecteur. Germinal est un roman d’action et de réflexion. Il suscite le questionnement. Il a la même richesse philosophique que les Frères Karamazov, sans en avoir les longueurs. Zola pose le grand problème de l’action politique: la fin justifie-t-elle les moyens? Il initie aux courants de la pensée politique du 19ème siècle. Il rend facilement compréhensible l’engouement général des travailleurs européens pour le communisme. Il fait une plaidoirie magistrale pour la pertinence des sciences économiques, et donne envie de les étudier. Et il parvient enfin à toucher la sensibilité du lecteur par ses personnages profondément humains. Et tout ça sans effort apparent. Zola raconte, Zola décrit, un point c’est tout.
Friday, August 6, 2010
Le Procès
Comme promis, je consacrerai cet article au Procès de Franz Kafka, livre qui m’a beaucoup plu, malgré sa fin légèrement décevante.
On se fait tous une idée assez personnelle de l’œuvre de Kafka. Auteur moderne, certainement. Auteur étrange, bien sûr. En me basant sur ma seule lecture du Procès –ce qui, évidemment, ne suffit certainement pas à tirer de conclusions générales sur son auteur-, j’avancerais que Kafka brouille les frontières entre la sensation et la réalité.
Quand nous avons très mal au ventre, nous croyons avoir le ventre en feu. Quand notre patron nous fait trop travailler, nous avons l’impression qu’il nous tient en bride ou qu’il nous fouette. Quand nous sommes perdus, il nous semble que toute la ville se referme sur nous. Chez Kafka, ces impressions sont intégrés, comme si de rien n’était, dans la trame du récit. Ainsi, le héros du Procès, à la fin d’une journée de travail tout à fait normale à la banque, trouve dans un placard trois hommes, le premier occupé à fouetter les deux autres… Cette très singulière apparition a un sens bien particulier et traduit certains sentiments du héros. Les métaphores les plus atroces qu'on invente pour décrire notre désespoir deviennent souvent réalité concrète pour Kafka.
Le Procès, récit aux péripéties bien absurde, est ainsi porteur d’idées et d’enseignements dont la richesse n’est qu'augmentée par l’effort d’interprétation qu’il faut nécessairement faire pour y accéder. En apparence, il s’agit de l'histoire bien invraisemblable d’un homme qui est injustement accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Mais il s’y cache une critique de la bureaucratie, et la description la plus vive du sentiment de parfaite impuissance qu'éprouvent tous ceux qui ont le malheur d’être à la merci d’une fonction publique opaque. (J’ai pensé que ce livre aurait une pertinence particulière pour les lecteurs français, qui ne manqueront pas de compâtir par expérience avec le pauvre Joesph K…, héros du roman de Kafka.) Il y a aussi le récit de la descente aux enfers d’un personnage tout à fait respectable, ni plus ni moins vertueux qu’un autre, qui a la malchance d’être offert en tribut à sa société avide de règles et de systèmes, comme les jeunes Athéniens qu’on sacrifiait au minotaure.
Voilà qui devrait suffire pour ce billet. Si je peux me permettre un dernier parallèle, qui choquera certainement, j'ai trouvé que Kafka écrit un peu comme Mahler compose, en ce que ses mélodies (ses péripéties, en l'occurrence) ne se terminent jamais comme on s'y attend. Et d'ailleurs, pour rajouter une dernière note musicale, j'ai réécouté Strawberry Fields Forever des Beatles, qui me plait nettement plus depuis ma lecture du Procès. Comme quoi Kafka à une drôle d'influence sur notre esprit!
On se fait tous une idée assez personnelle de l’œuvre de Kafka. Auteur moderne, certainement. Auteur étrange, bien sûr. En me basant sur ma seule lecture du Procès –ce qui, évidemment, ne suffit certainement pas à tirer de conclusions générales sur son auteur-, j’avancerais que Kafka brouille les frontières entre la sensation et la réalité.
Quand nous avons très mal au ventre, nous croyons avoir le ventre en feu. Quand notre patron nous fait trop travailler, nous avons l’impression qu’il nous tient en bride ou qu’il nous fouette. Quand nous sommes perdus, il nous semble que toute la ville se referme sur nous. Chez Kafka, ces impressions sont intégrés, comme si de rien n’était, dans la trame du récit. Ainsi, le héros du Procès, à la fin d’une journée de travail tout à fait normale à la banque, trouve dans un placard trois hommes, le premier occupé à fouetter les deux autres… Cette très singulière apparition a un sens bien particulier et traduit certains sentiments du héros. Les métaphores les plus atroces qu'on invente pour décrire notre désespoir deviennent souvent réalité concrète pour Kafka.
Le Procès, récit aux péripéties bien absurde, est ainsi porteur d’idées et d’enseignements dont la richesse n’est qu'augmentée par l’effort d’interprétation qu’il faut nécessairement faire pour y accéder. En apparence, il s’agit de l'histoire bien invraisemblable d’un homme qui est injustement accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Mais il s’y cache une critique de la bureaucratie, et la description la plus vive du sentiment de parfaite impuissance qu'éprouvent tous ceux qui ont le malheur d’être à la merci d’une fonction publique opaque. (J’ai pensé que ce livre aurait une pertinence particulière pour les lecteurs français, qui ne manqueront pas de compâtir par expérience avec le pauvre Joesph K…, héros du roman de Kafka.) Il y a aussi le récit de la descente aux enfers d’un personnage tout à fait respectable, ni plus ni moins vertueux qu’un autre, qui a la malchance d’être offert en tribut à sa société avide de règles et de systèmes, comme les jeunes Athéniens qu’on sacrifiait au minotaure.
Voilà qui devrait suffire pour ce billet. Si je peux me permettre un dernier parallèle, qui choquera certainement, j'ai trouvé que Kafka écrit un peu comme Mahler compose, en ce que ses mélodies (ses péripéties, en l'occurrence) ne se terminent jamais comme on s'y attend. Et d'ailleurs, pour rajouter une dernière note musicale, j'ai réécouté Strawberry Fields Forever des Beatles, qui me plait nettement plus depuis ma lecture du Procès. Comme quoi Kafka à une drôle d'influence sur notre esprit!
Tuesday, August 3, 2010
L'Étranger
Après avoir dégusté La Peste, j’ai voulu gouter à L’Étranger. Je m’attendais à un régal, mais je reste sur ma faim.
On connait l'intrigue: Meursault, citoyen de l’Algérie française, est inculpé pour le meurtre d’un arabe. Son cas présente des circonstances atténuantes claires, mais il est entrainé par la machinerie infernale du système judiciaire et finit par être condamné à la guillotine au terme d’un faux-procès qui jugera ses mœurs plutôt son crime.
L'histoire de Meursault doit nous amener à réfléchir sur l'absurdité des conventions vsociales et des institutions publiques. Ce n'est pas mal réussi, mais après une lecture unique, sommaire et superficielle, j'ai deux réticences.
D'abord, réticence esthétique sur le personnage de Meursault. À la fois narrateur et personnage principal, Meursault est le sujet et l'objet du roman. Tout dépend de lui. Or Meursault est un personnage qui me parait artificiel, dans la mesure où il existe simplement pour permettre à Camus d'illustrer l'absurdité du monde, thème de son roman. Meursault n'est pas un personnage vrai: il se borne à subir les événements, réagissant comme il le peut, mais sans jamais réfléchir proactivement, et sans faire preuve du moindre sens commun. C'est bien ce qui est fait un personnage idéal pour cerner et illustrer l'absurdité, mais c'est aussi ce qui en fait un personnage avec lequel il est très difficile de compatir. Il parait tellement retiré de la réalité qui l'entoure qu'il en devient presque inhumain.
Et ensuite, réticence classique chez votre serviteur: le livre manque d'action. Évidemment, il ne fait même pas 200 pages, mais le suspense qui était si habilement entretenu dans La Peste, dès le tout premier chapitre, manque au rendez-vous. L'art d'écrire un livre palpitant où il ne se passe rien a captivé trop d'auteurs au vingtième siècle. Peu y sont arrivé. Dans mon prochain message, je traiterai d'une des exceptions: Le Procès de Kafka. Je ne suis encore qu'à mi-chemin dans cette lecture, mais je ne décroche pas!
On connait l'intrigue: Meursault, citoyen de l’Algérie française, est inculpé pour le meurtre d’un arabe. Son cas présente des circonstances atténuantes claires, mais il est entrainé par la machinerie infernale du système judiciaire et finit par être condamné à la guillotine au terme d’un faux-procès qui jugera ses mœurs plutôt son crime.
L'histoire de Meursault doit nous amener à réfléchir sur l'absurdité des conventions vsociales et des institutions publiques. Ce n'est pas mal réussi, mais après une lecture unique, sommaire et superficielle, j'ai deux réticences.
D'abord, réticence esthétique sur le personnage de Meursault. À la fois narrateur et personnage principal, Meursault est le sujet et l'objet du roman. Tout dépend de lui. Or Meursault est un personnage qui me parait artificiel, dans la mesure où il existe simplement pour permettre à Camus d'illustrer l'absurdité du monde, thème de son roman. Meursault n'est pas un personnage vrai: il se borne à subir les événements, réagissant comme il le peut, mais sans jamais réfléchir proactivement, et sans faire preuve du moindre sens commun. C'est bien ce qui est fait un personnage idéal pour cerner et illustrer l'absurdité, mais c'est aussi ce qui en fait un personnage avec lequel il est très difficile de compatir. Il parait tellement retiré de la réalité qui l'entoure qu'il en devient presque inhumain.
Et ensuite, réticence classique chez votre serviteur: le livre manque d'action. Évidemment, il ne fait même pas 200 pages, mais le suspense qui était si habilement entretenu dans La Peste, dès le tout premier chapitre, manque au rendez-vous. L'art d'écrire un livre palpitant où il ne se passe rien a captivé trop d'auteurs au vingtième siècle. Peu y sont arrivé. Dans mon prochain message, je traiterai d'une des exceptions: Le Procès de Kafka. Je ne suis encore qu'à mi-chemin dans cette lecture, mais je ne décroche pas!
Thursday, July 29, 2010
Un peu de Sartre
Je lis cette semaine une monumentale biographie de Jean-Paul Sartre écrite peu d'années après sa mort par Annie Cohen-Solal. Il s’agit d’une brique de 850 pages, saturée d’informations que je digère plus ou moins péniblement suivant mon état d’humeur. J’en suis presque à la page 650 et je pensais d'abord attendre la fin de ma lecture avant de vous en faire le résumé. Mais comme je me trouve à court de sujets, j’ai décidé de partager quelques conclusions anticipées de ma lecture.
Toute tentative de cerner la vie et l'œuvre d'un personnage comme Sartre dans message blog de 300 mots sera évidemment partielle et partiale. Je m’en tiendrai donc à quelques éléments -et pas nécessairement les plus fondamentaux- qui me viennent à l'esprit.
Dès ses premiers écrits, et tout au long de sa vie, Sartre se positionne en critique impitoyable et méprisant de la bourgeoisie. Or Sartre est lui-même issu d’un milieu des plus bourgeois : son père est polytechnicien, sa mère, dont le cousin germain n'est autre que le célébre Albert Schweitzer, descend d’une illustre famille alsacienne. Le petit Jean-Paul, fils unique, sera scolarisé dans les meilleurs établissements, d’abord au Lycée Henri IV, puis dans les classes préparatoires du Lycée Louis-le-Grand, avant d’intégrer l’École Normale Supérieure de la Rue d’Ulm. En parcourant les évènements de la vie de Sartre –et sans vouloir jouer au psychologue du dimanche-, on a l’impression que cette contradiction est assez mal vécue. Au Lycée, Sartre est le roi de rebelles, qui tente à tout prix de se démarquer des autres par ses calembours, sa gouaille et son toupet propre à choquer le bourgeois. Il attache très vite une importance primordiale à sa liberté d'homme, qu’il tentera par la suite de justifier philosophiquement. Est-ce vraiment un hasard si Sartre développe une philosophie où l’homme se définit par ce qu’il fait plutôt que par comment il nait, lorsqu'on sait qu'il aurait vraisemblablement préféré naitre dans des conditions plus modestes? Est-ce un hasard si Sartre s’acharnera tant contre Albert Camus, dont l’ascension fulgurante –Camus a grandi dans les quartiers les plus pauvres d’Alger, fils d’une femme de ménage analphabète- en est une que Sartre aurait certainement aimé vivre lui-même?
Autre côté essentiel du personnage : son obsession de l’écriture. Toute sa vie, il écrira un minimum de six heures par jour, même en vacances. Il écrit facilement quarante pages en une journée, et il accumule, en l’espace d’une année, plusieurs milliers de pages, dont seule une partie sera publiée. Sartre vit pour ses idées, pour écrire. On apprend par exemple qu’il refusait de se préoccuper de questions financières, pour la simple raison qu’elles lui faisaient perdre du temps qu’il préférait consacrer à l’écriture.
Sartre est animé d’une conscience sociale aiguë et d’une volonté d’être à l’écoute du peuple. Mais il n’est pas toujours très perspicace sur le plan politique. Ainsi, il passe toute l’année 1933 à Berlin sans mesurer le danger du phénomène nazi. Il se distancie du Parti communiste français après la guerre alors que la jeunesse française y adhérait en masse, mais il effectue un virage complet après avoir visité l’URSS en 1952, devenant pendant quatre ans ‘compagnon de route’ au moment précis où on commençait à prendre conscience des crimes de Staline et que le PCF perdait de sa popularité. C’est sans compter deux tentatives, très vite avortées, de former une cellule de résistance en 1940, et un nouveau parti politique en 1949.
Mais si Sartre manque de sens pratique et politique, il sait mieux que quiconque défendre les causes nobles par sa plume. Ainsi, il répond à une remontée de l’antisémitisme en France après la Seconde guerre mondiale par ses magistrales 'Réflexions sur la question juive'. Il devient plus tard l’ennemi juré du gouvernement français pendant la guerre d’Algérie, soutenant la cause des paysans algériens et condamnant avec sa hargne habituelle l’hypocrisie du colonialisme français.
Voilà donc quelques thèmes de la vie de Sartre, qu’il me sera peut-être nécessaire de compléter plus tard après la lecture des dernières pages de la biographie d’Annie Cohen-Solal.
Toute tentative de cerner la vie et l'œuvre d'un personnage comme Sartre dans message blog de 300 mots sera évidemment partielle et partiale. Je m’en tiendrai donc à quelques éléments -et pas nécessairement les plus fondamentaux- qui me viennent à l'esprit.
Dès ses premiers écrits, et tout au long de sa vie, Sartre se positionne en critique impitoyable et méprisant de la bourgeoisie. Or Sartre est lui-même issu d’un milieu des plus bourgeois : son père est polytechnicien, sa mère, dont le cousin germain n'est autre que le célébre Albert Schweitzer, descend d’une illustre famille alsacienne. Le petit Jean-Paul, fils unique, sera scolarisé dans les meilleurs établissements, d’abord au Lycée Henri IV, puis dans les classes préparatoires du Lycée Louis-le-Grand, avant d’intégrer l’École Normale Supérieure de la Rue d’Ulm. En parcourant les évènements de la vie de Sartre –et sans vouloir jouer au psychologue du dimanche-, on a l’impression que cette contradiction est assez mal vécue. Au Lycée, Sartre est le roi de rebelles, qui tente à tout prix de se démarquer des autres par ses calembours, sa gouaille et son toupet propre à choquer le bourgeois. Il attache très vite une importance primordiale à sa liberté d'homme, qu’il tentera par la suite de justifier philosophiquement. Est-ce vraiment un hasard si Sartre développe une philosophie où l’homme se définit par ce qu’il fait plutôt que par comment il nait, lorsqu'on sait qu'il aurait vraisemblablement préféré naitre dans des conditions plus modestes? Est-ce un hasard si Sartre s’acharnera tant contre Albert Camus, dont l’ascension fulgurante –Camus a grandi dans les quartiers les plus pauvres d’Alger, fils d’une femme de ménage analphabète- en est une que Sartre aurait certainement aimé vivre lui-même?
Autre côté essentiel du personnage : son obsession de l’écriture. Toute sa vie, il écrira un minimum de six heures par jour, même en vacances. Il écrit facilement quarante pages en une journée, et il accumule, en l’espace d’une année, plusieurs milliers de pages, dont seule une partie sera publiée. Sartre vit pour ses idées, pour écrire. On apprend par exemple qu’il refusait de se préoccuper de questions financières, pour la simple raison qu’elles lui faisaient perdre du temps qu’il préférait consacrer à l’écriture.
Sartre est animé d’une conscience sociale aiguë et d’une volonté d’être à l’écoute du peuple. Mais il n’est pas toujours très perspicace sur le plan politique. Ainsi, il passe toute l’année 1933 à Berlin sans mesurer le danger du phénomène nazi. Il se distancie du Parti communiste français après la guerre alors que la jeunesse française y adhérait en masse, mais il effectue un virage complet après avoir visité l’URSS en 1952, devenant pendant quatre ans ‘compagnon de route’ au moment précis où on commençait à prendre conscience des crimes de Staline et que le PCF perdait de sa popularité. C’est sans compter deux tentatives, très vite avortées, de former une cellule de résistance en 1940, et un nouveau parti politique en 1949.
Mais si Sartre manque de sens pratique et politique, il sait mieux que quiconque défendre les causes nobles par sa plume. Ainsi, il répond à une remontée de l’antisémitisme en France après la Seconde guerre mondiale par ses magistrales 'Réflexions sur la question juive'. Il devient plus tard l’ennemi juré du gouvernement français pendant la guerre d’Algérie, soutenant la cause des paysans algériens et condamnant avec sa hargne habituelle l’hypocrisie du colonialisme français.
Voilà donc quelques thèmes de la vie de Sartre, qu’il me sera peut-être nécessaire de compléter plus tard après la lecture des dernières pages de la biographie d’Annie Cohen-Solal.
Monday, July 26, 2010
Mme. Bovary: premiers contacts
Rares sont les romans qui ont fait l’objet d’autant d’études que Mme. Bovary. Véritable monument de la littérature française, Mme. Bovary a, selon la majorité des critiques, transformé le genre du roman en occident. C’est une lecture que j’ai faite la semaine dernière dans un accès de boulimie littéraire qui m’a fait dévorer trois romans –La Peste (Camus), Une page d’amour (Zola) et Bovary - en un week-end.
J’avouerais d’office que Mme. Bovary m’a le moins plu des trois. Il faut dire que c’est une lecture plus exigeante que Camus et Zola. Il faut prêter une constante attention au texte, et affronter le vocabulaire de l’horticulture, celui de la gastronomie et de la mode du 19ème, ce qui exige des retours réguliers au dictionnaire en-ligne du CRNS…
Mon reproche est le même que je fais à bien des classiques de la littérature française : il n’y a pas assez d’action. Emma Bovary se marie, elle est malheureuse, elle a deux liaisons, une crise de folie, tout ça raconté en 350 pages de caractères affreusement petits. Pour le reste, tout y est. L’intrigue est tragiquement vraisemblable et tout à fait novatrice. Les personnages sont construits avec une habilité qui reste sans pareil : Charles Bovary, est, à mon avis, peut-être plus qu’Emma, l’une des grandes créations de la littérature occidentale. Mais les longueurs subsistent. On sait d’ailleurs que l’éditeur de Flaubert voulait ``alléger`` Bovary. Cette proposition a, semble-t-il, rencontré le mépris de l’auteur.
Mais il y a des circonstances atténuantes. Là où Flaubert s’illustre particulièrement, c’est par les fameuses descriptions qu’il fait de la campagne normande et du petit village où vivent les Bovary. S’ils ajoutent une centaine de pages au livre, les interminables passages descriptifs qui se succèdent à n’en plus finir ont évidemment le plus grand mérite littéraire. Flaubert a un style de description parcimonieux. Plutôt que de faire un portrait intégral de l’objet décrit, il trouve toujours le détail qui le révèle. En peu de mots, il permet au lecteur de se former une image mentale claire et précise du décor. C’est tout le contraire de Zola, qui s'évertue trop souvent à décrire les objets aussi justement que possible, en employant un vocabulaire savant et précis, mais sans permettre au lecteur de se les représenter mentalement pour créer son image des décors du roman.
Au demeurant, on ne doit pas tenir rigueur à Flaubert d'avoir écrit un si long livre. Dans l’intérêt du roman lui-même, quelques coupures auraient certainement été judicieuses. Mais dans l’intérêt de la littérature, la longueur de Mme. Bovary nous fait profiter de la prose descriptive de Flaubert qui vaut bien par elle-même quelques heures d’ennui.
J’avouerais d’office que Mme. Bovary m’a le moins plu des trois. Il faut dire que c’est une lecture plus exigeante que Camus et Zola. Il faut prêter une constante attention au texte, et affronter le vocabulaire de l’horticulture, celui de la gastronomie et de la mode du 19ème, ce qui exige des retours réguliers au dictionnaire en-ligne du CRNS…
Mon reproche est le même que je fais à bien des classiques de la littérature française : il n’y a pas assez d’action. Emma Bovary se marie, elle est malheureuse, elle a deux liaisons, une crise de folie, tout ça raconté en 350 pages de caractères affreusement petits. Pour le reste, tout y est. L’intrigue est tragiquement vraisemblable et tout à fait novatrice. Les personnages sont construits avec une habilité qui reste sans pareil : Charles Bovary, est, à mon avis, peut-être plus qu’Emma, l’une des grandes créations de la littérature occidentale. Mais les longueurs subsistent. On sait d’ailleurs que l’éditeur de Flaubert voulait ``alléger`` Bovary. Cette proposition a, semble-t-il, rencontré le mépris de l’auteur.
Mais il y a des circonstances atténuantes. Là où Flaubert s’illustre particulièrement, c’est par les fameuses descriptions qu’il fait de la campagne normande et du petit village où vivent les Bovary. S’ils ajoutent une centaine de pages au livre, les interminables passages descriptifs qui se succèdent à n’en plus finir ont évidemment le plus grand mérite littéraire. Flaubert a un style de description parcimonieux. Plutôt que de faire un portrait intégral de l’objet décrit, il trouve toujours le détail qui le révèle. En peu de mots, il permet au lecteur de se former une image mentale claire et précise du décor. C’est tout le contraire de Zola, qui s'évertue trop souvent à décrire les objets aussi justement que possible, en employant un vocabulaire savant et précis, mais sans permettre au lecteur de se les représenter mentalement pour créer son image des décors du roman.
Au demeurant, on ne doit pas tenir rigueur à Flaubert d'avoir écrit un si long livre. Dans l’intérêt du roman lui-même, quelques coupures auraient certainement été judicieuses. Mais dans l’intérêt de la littérature, la longueur de Mme. Bovary nous fait profiter de la prose descriptive de Flaubert qui vaut bien par elle-même quelques heures d’ennui.
Sunday, July 25, 2010
Sur Van Eyck
Dans la notice qui accompagne le diptyque ``La crucifixion; Le jugement dernier `` exposé au Metropolitan Museum de New York, son auteur, un certain Jan van Eyck, est décrit comme ``le plus célèbre peintre de l’Europe du 15ème siècle.’’ Il se trouve que Van Eyck est aussi un de mes peintres préférés. J’ai donc pensé qu’il serait fort à propos de suivre mon dernier message sur l’art du Moyen Art par un bref exposé de son œuvre. Surtout que Van Eyck est en quelque sorte le peintre qui marque le plus nettement la rupture avec l'époque médiévale, puisqu’il s’applique à reproduire la nature avec un maximum de minutie alors qu’on se contentait auparavant de la symboliser.
Jan van Eyck fait ses débuts de peintre dans les premières décennies du 15ème siècle. Son contemporain, l’architecte florentin Filippo Brunelleschi, venait de découvrir les règles mathématiques de la perspective, précipitant la grande révolution du quattrocento italien que nous connaissons tous bien. Mais ces progrès fulgurants dans l’art italien n’avaient pas encore eu d'écho en Europe du Nord.
Plutôt que de s’appuyer sur des règles mathématiques pour donner l’illusion de perspective, Van Eyck s’applique à recopier le plus précisément possible chaque détail de la nature. Il travaille comme un appareil photo. L’illusion de perspective est créée presque inconsciemment parce qu'il parvient à reproduire la nature -ses formes et ses couleurs- exactement telle qu’il la voit. Ces œuvres sont comme des miroirs de la réalité.
Les exigences techniques de la méthode de Van Eyck vont d’ailleurs le pousser à une nouvelle innovation fondamentale dans l’histoire de l’art : l’invention de la peinture à l’huile. Jusqu’alors, on utilisait couleurs à base de blanc d’œuf, qui, tout en répondant aux besoins des peintres du Moyen Âge, avaient pour Van Eyck l’inconvénient de sécher trop vite. Van Eyck avait besoin de couleurs qu’il pourrait modifier au fur et a mesure de son travail. Il devait pouvoir se corriger, et travailler aussi longtemps que son souci du détail l’exigeait. Certains historiens de l’art commencent à douter que Van Eyck ait vraiment été le premier à fabriquer des couleurs à base d’huile. Il est en effet possible qu’il se soit approprié la technique d’un obscur contemporain, mais au fond, ces détails n’ont pas vraiment d’importance. Ce dont on peut être tout à fait certain, c’est que Van Eyck est le premier à s’être servi de peinture à l’huile systématiquement dans ses tableaux.
Ainsi, Van Eyck exerce une double influence sur la peinture européenne: il rompt avec le Moyen Âge en reproduisant la nature comme il la voit, et il invente la peinture à l'huile. On peut certainement dire qu'il s'agit d'un des tout grands de l'histoire.
Jan van Eyck fait ses débuts de peintre dans les premières décennies du 15ème siècle. Son contemporain, l’architecte florentin Filippo Brunelleschi, venait de découvrir les règles mathématiques de la perspective, précipitant la grande révolution du quattrocento italien que nous connaissons tous bien. Mais ces progrès fulgurants dans l’art italien n’avaient pas encore eu d'écho en Europe du Nord.
Plutôt que de s’appuyer sur des règles mathématiques pour donner l’illusion de perspective, Van Eyck s’applique à recopier le plus précisément possible chaque détail de la nature. Il travaille comme un appareil photo. L’illusion de perspective est créée presque inconsciemment parce qu'il parvient à reproduire la nature -ses formes et ses couleurs- exactement telle qu’il la voit. Ces œuvres sont comme des miroirs de la réalité.
Les exigences techniques de la méthode de Van Eyck vont d’ailleurs le pousser à une nouvelle innovation fondamentale dans l’histoire de l’art : l’invention de la peinture à l’huile. Jusqu’alors, on utilisait couleurs à base de blanc d’œuf, qui, tout en répondant aux besoins des peintres du Moyen Âge, avaient pour Van Eyck l’inconvénient de sécher trop vite. Van Eyck avait besoin de couleurs qu’il pourrait modifier au fur et a mesure de son travail. Il devait pouvoir se corriger, et travailler aussi longtemps que son souci du détail l’exigeait. Certains historiens de l’art commencent à douter que Van Eyck ait vraiment été le premier à fabriquer des couleurs à base d’huile. Il est en effet possible qu’il se soit approprié la technique d’un obscur contemporain, mais au fond, ces détails n’ont pas vraiment d’importance. Ce dont on peut être tout à fait certain, c’est que Van Eyck est le premier à s’être servi de peinture à l’huile systématiquement dans ses tableaux.
Ainsi, Van Eyck exerce une double influence sur la peinture européenne: il rompt avec le Moyen Âge en reproduisant la nature comme il la voit, et il invente la peinture à l'huile. On peut certainement dire qu'il s'agit d'un des tout grands de l'histoire.
Friday, July 23, 2010
L'art du Moyen Âge
Voilà plus d’un siècle que les œuvres d’Émile Mâle ouvrent l’accès à l’univers merveilleux de l’art du Moyen Âge. Déjà en 1906, un jeune Proust qui n’avait pas encore commencé sa Recherche adressait à Émile Mâle une lettre dithyrambique où il exprimait d’ailleurs le souhait de le rencontrer un jour. J’ai le plaisir de m’inscrire à mon tour dans cette illustre lignée des admirateurs d’Émile Mâle, puisque je viens de commencer son ouvrage monumental sur l’art religieux dans la France du 13ème siècle, dont j’aimerais partager avec vous quelques notes. Sachez que je n’en suis qu’au deuxième chapitre…
Si l’art du Moyen Âge parait naïf au premier regard, c’est parce qu’il fait appel à un langage oublié. Il est impossible de l’apprécier à sa juste valeur sans en connaitre le vocabulaire, la syntaxe et les conventions.
Un artiste du Moyen Âge ne se soucie pas de représenter la nature et les personnages tels qu’il les voit. Au contraire, il cherche plutôt à les symboliser. Pour peindre une rivière, il se contente de tracer des lignes ondulées. Le ciel est représenté par des arcs de cercles concentriques. St. Pierre a toujours les cheveux crépus et la barbe drue. St. Paul a le front chauve et la barbe longue. Lorsqu’il s’agit de montrer des personnages vivants, la représentation est aussi réduite à des symboles facilement reconnaissables. Par exemple, le boulanger du village tiendra en main une miche de pain. Il ne s’agit pas de représenter le boulanger mais de l’identifier.
Les artistes ont aussi le souci de la symbolique des nombres et de l’espace. Le Moyen Âge croit en la vertu des nombres (il s’agirait d’un héritage des écoles néo-platoniciennes et de Pythagore!). Sept et douze sont sacrés, puisqu’ils correspondent à la somme et au produit de trois (chiffre de la trinité) par quatre (chiffre des éléments). La symétrie est prisée pour l’équilibre qu’elle apporte. L’espace est aussi hiérarchisé. Le haut et la droite sont préférables; les personnages les plus dignes sont donc placés en haut à droite par rapport au Christ, qui occupe le centre. Bref, Dan Brown n'aurait pas fait mieux...
Je ne vous sers que des amuse-gueules. Pour aller au fond des choses, il faudra que vous lisiez Émile Mâle. Mais tout ça pour dire que l’art du Moyen Âge ne doit pas être jugé que sur des bases esthétiques. Il faut chercher plus en profondeur. Souvent, la dimension symbolique, cachée, donne vie à un tableau qui paraît simpliste au premier regard.
Si l’art du Moyen Âge parait naïf au premier regard, c’est parce qu’il fait appel à un langage oublié. Il est impossible de l’apprécier à sa juste valeur sans en connaitre le vocabulaire, la syntaxe et les conventions.
Un artiste du Moyen Âge ne se soucie pas de représenter la nature et les personnages tels qu’il les voit. Au contraire, il cherche plutôt à les symboliser. Pour peindre une rivière, il se contente de tracer des lignes ondulées. Le ciel est représenté par des arcs de cercles concentriques. St. Pierre a toujours les cheveux crépus et la barbe drue. St. Paul a le front chauve et la barbe longue. Lorsqu’il s’agit de montrer des personnages vivants, la représentation est aussi réduite à des symboles facilement reconnaissables. Par exemple, le boulanger du village tiendra en main une miche de pain. Il ne s’agit pas de représenter le boulanger mais de l’identifier.
Les artistes ont aussi le souci de la symbolique des nombres et de l’espace. Le Moyen Âge croit en la vertu des nombres (il s’agirait d’un héritage des écoles néo-platoniciennes et de Pythagore!). Sept et douze sont sacrés, puisqu’ils correspondent à la somme et au produit de trois (chiffre de la trinité) par quatre (chiffre des éléments). La symétrie est prisée pour l’équilibre qu’elle apporte. L’espace est aussi hiérarchisé. Le haut et la droite sont préférables; les personnages les plus dignes sont donc placés en haut à droite par rapport au Christ, qui occupe le centre. Bref, Dan Brown n'aurait pas fait mieux...
Je ne vous sers que des amuse-gueules. Pour aller au fond des choses, il faudra que vous lisiez Émile Mâle. Mais tout ça pour dire que l’art du Moyen Âge ne doit pas être jugé que sur des bases esthétiques. Il faut chercher plus en profondeur. Souvent, la dimension symbolique, cachée, donne vie à un tableau qui paraît simpliste au premier regard.
Tuesday, July 20, 2010
La peste
On accuse parfois Albert Camus d’être un ‘philosophe pour classe terminale’. Si ses essais philosophiques (Le mythe de Sisyphe en tête) paraissent certes un peu légers, cette critique n’en est pas moins absurde puisque Camus disait de lui-même : « Je ne suis pas un philosophe ». Mais je compte bien, pour ma part, profiter de ce que je suis moi-même un élève de terminale pour partager quelques commentaires sur l’une de mes récentes lectures: La peste, roman publié par Camus en 1947.
Inutile de résumer l’intrigue pour gâcher le plaisir futur de ceux qui ne la connaissent pas. Je me contenterai de commentaires généraux.
S’il y a bien un mérite qu’il faut reconnaitre à ce roman, c’est qu’il est, sans être tout à fait palpitant, assez "accrocheur" pour donner envie au lecteur de passer à la prochaine page. Il diffère déjà en cela de nombre de ses contemporains.
On a toujours fait le rapprochement entre le fléau de la peste, tel que décrit par Camus, et le ras-de-marrée nazi que Camus a vécu (et contre lequel il s’est d’ailleurs battu dans la résistance). J’ignore si Camus a lui-même encouragé ce rapprochement, mais il m’a semblé surtout que la peste était un moyen pour lui de confronter ses personnage à une mort imminente à laquelle ils réagissent tous différemment. Car c’est avant tout de ces réactions dont il est question dans cet ouvrage : comment les personnages affrontent-ils la menace d’une mort imminente? La peste oblige les personnages à se poser des questions existentielles que nous portons tous en nous, avec la différence que l’imminence du danger les force à agir en conséquence.
On sent un réel souci chez Camus de représenter des personnages vrais. Cela ne veut pas dire qu’ils sont banals, mais on sent bien qu’ils auraient pu exister en dehors du roman, et que, s’ils sont plus ou moins faillibles ou admirables, ils sont toujours authentiques. Si Sartre était l’initiateur de cette idée philosophique d' ‘authenticité’, ses œuvres restent souvent d’une abstraction et d’une opacité sans pareil. Chez Camus en revanche, il n’y a pas de sens cachés. Les personnages sont décrits toujours objectivement, dans toute leur crudité, mais toujours avec un raffinement, une élégance, et une sensibilité qui font bien le génie de l’auteur.
Inutile de résumer l’intrigue pour gâcher le plaisir futur de ceux qui ne la connaissent pas. Je me contenterai de commentaires généraux.
S’il y a bien un mérite qu’il faut reconnaitre à ce roman, c’est qu’il est, sans être tout à fait palpitant, assez "accrocheur" pour donner envie au lecteur de passer à la prochaine page. Il diffère déjà en cela de nombre de ses contemporains.
On a toujours fait le rapprochement entre le fléau de la peste, tel que décrit par Camus, et le ras-de-marrée nazi que Camus a vécu (et contre lequel il s’est d’ailleurs battu dans la résistance). J’ignore si Camus a lui-même encouragé ce rapprochement, mais il m’a semblé surtout que la peste était un moyen pour lui de confronter ses personnage à une mort imminente à laquelle ils réagissent tous différemment. Car c’est avant tout de ces réactions dont il est question dans cet ouvrage : comment les personnages affrontent-ils la menace d’une mort imminente? La peste oblige les personnages à se poser des questions existentielles que nous portons tous en nous, avec la différence que l’imminence du danger les force à agir en conséquence.
On sent un réel souci chez Camus de représenter des personnages vrais. Cela ne veut pas dire qu’ils sont banals, mais on sent bien qu’ils auraient pu exister en dehors du roman, et que, s’ils sont plus ou moins faillibles ou admirables, ils sont toujours authentiques. Si Sartre était l’initiateur de cette idée philosophique d' ‘authenticité’, ses œuvres restent souvent d’une abstraction et d’une opacité sans pareil. Chez Camus en revanche, il n’y a pas de sens cachés. Les personnages sont décrits toujours objectivement, dans toute leur crudité, mais toujours avec un raffinement, une élégance, et une sensibilité qui font bien le génie de l’auteur.
Sunday, July 18, 2010
Une nouvelle orientation
Le temps est sans doute venu d'annoncer à mes rares lecteurs qui ne le savent pas déjà que je quitterai bientôt Ottawa pour Princeton, dans le New Jersey, où je ferai un Bac de quatre ans... dans un domaine que je n'ai pas encore choisi.
À priori, rien ne m'empêche de maintenir ce blog en continuant de commenter des questions politiques d'actualité. Mais je constate que la politique m'intéresse moins qu'autrefois. Je ne nie pas son importance, mais j'ai tendance à penser que le choix entre Stephen Harper et Michael Ignatieff est si facile, si évident, qu'il n'admet pas de débat intelligent. À force de montrer qu'Ignatieff ferait un meilleur chef d'état que Harper, je finis par devenir un genre de Richard Dawkins d'occasion qui prêche au converti tout en étalant des évidences irréfutables que ses détracteurs trouvent toujours moyen d'ignorer.
Si les électeurs ne sont pas capables de faire le constat qui s'impose, c'est qu'ils sont mal informés ou qu'ils choisissent de faire le sacrifice de l'intelligence au profit de l'émotion. Dans les deux cas, il n'y a rien à faire.
Mais loin de mettre fin a ce blog qui reste jusqu'à ce jour une merveilleuse aventure, j'ai pensé profiter de mon départ à Princeton pour le réorienter sur une nouvelle voie. Plutôt que de parler politique, j'aimerais partager quelques commentaires et réflexions sur mes nouveaux sujets d'études. Il y aura donc un peu de tout: de la philosophie et de la littérature certainement. Aussi de l'histoire, des questions économiques, et peut-être même de la physique ou de l'astronomie!
Pour vous, chers lecteurs, ça sera l'occasion de revoir quelques notions de jeunesse que vous avez oubliées. Pour moi, ça sera un bon moyen de faire la synthèse de mes notes de cours! En somme, nous quitterons les querelles politiques qui occupent l'actualité pour voir des questions d'ordre plus fondamental. ...En tout cas, ça sera l'ambition.
À priori, rien ne m'empêche de maintenir ce blog en continuant de commenter des questions politiques d'actualité. Mais je constate que la politique m'intéresse moins qu'autrefois. Je ne nie pas son importance, mais j'ai tendance à penser que le choix entre Stephen Harper et Michael Ignatieff est si facile, si évident, qu'il n'admet pas de débat intelligent. À force de montrer qu'Ignatieff ferait un meilleur chef d'état que Harper, je finis par devenir un genre de Richard Dawkins d'occasion qui prêche au converti tout en étalant des évidences irréfutables que ses détracteurs trouvent toujours moyen d'ignorer.
Si les électeurs ne sont pas capables de faire le constat qui s'impose, c'est qu'ils sont mal informés ou qu'ils choisissent de faire le sacrifice de l'intelligence au profit de l'émotion. Dans les deux cas, il n'y a rien à faire.
Mais loin de mettre fin a ce blog qui reste jusqu'à ce jour une merveilleuse aventure, j'ai pensé profiter de mon départ à Princeton pour le réorienter sur une nouvelle voie. Plutôt que de parler politique, j'aimerais partager quelques commentaires et réflexions sur mes nouveaux sujets d'études. Il y aura donc un peu de tout: de la philosophie et de la littérature certainement. Aussi de l'histoire, des questions économiques, et peut-être même de la physique ou de l'astronomie!
Pour vous, chers lecteurs, ça sera l'occasion de revoir quelques notions de jeunesse que vous avez oubliées. Pour moi, ça sera un bon moyen de faire la synthèse de mes notes de cours! En somme, nous quitterons les querelles politiques qui occupent l'actualité pour voir des questions d'ordre plus fondamental. ...En tout cas, ça sera l'ambition.
Thursday, July 15, 2010
Sarkozy ou Harper
On se posait la question ce soir en famille de savoir qui de Harper ou Sarkozy était le pire chef d’état.
Sarkozy est avant tout un sale type. Toujours prêt à profiter d’une crise, il est sournois, calculateur et redoutablement démagogue. Il est surtout rancunier. Sarkozy n’hésite pas à régler ses comptes avec les journalistes qui ne lui plaisent pas (un petit coup de téléphone au patron du journal suffit à liquider une carrière). Il a mis en exil bruxellois Rachida Dati, sa Ministre de la Justice et étoile montante de son gouvernement, qui avait finit, semble-t-il, par monter trop haut.
Harper n’est pas moins détestable. Les tactiques qu’il a employées contre Stéphane Dion le confirment bien. Mais il a le défaut supplémentaire d’être un idéologue de la droite religieuse, à la tête d’un parti qui n’est qu'un sous-produit idéologique du Parti Républicain. Son projet de rendre facultatif le formulaire long du recensement est un exemple récent, parmi tant d’autres.
Sarkozy est un type dégueulasse. Harper est bien plus : il est dangereux.
Sarkozy est avant tout un sale type. Toujours prêt à profiter d’une crise, il est sournois, calculateur et redoutablement démagogue. Il est surtout rancunier. Sarkozy n’hésite pas à régler ses comptes avec les journalistes qui ne lui plaisent pas (un petit coup de téléphone au patron du journal suffit à liquider une carrière). Il a mis en exil bruxellois Rachida Dati, sa Ministre de la Justice et étoile montante de son gouvernement, qui avait finit, semble-t-il, par monter trop haut.
Harper n’est pas moins détestable. Les tactiques qu’il a employées contre Stéphane Dion le confirment bien. Mais il a le défaut supplémentaire d’être un idéologue de la droite religieuse, à la tête d’un parti qui n’est qu'un sous-produit idéologique du Parti Républicain. Son projet de rendre facultatif le formulaire long du recensement est un exemple récent, parmi tant d’autres.
Sarkozy est un type dégueulasse. Harper est bien plus : il est dangereux.
Friday, July 9, 2010
The Long Form
In grade 8, I did a school project comparing divorce rates in aboriginal families living on reserves to those living off reserves. Statistics Canada was my only source of data, and it allowed me to create a piece of work that I was really quite pleased with.
If the Conservatives have their way, students in grade 8 will soon be denied the information that allowed me to undertake this project. That's because the Conservative government in planning on making the Census long form voluntary. That's right, voluntary.
I don't think I need to say anything more. Simply follow this link and brace yourselves. This government isn't just incompetent, it is dangerous.
If the Conservatives have their way, students in grade 8 will soon be denied the information that allowed me to undertake this project. That's because the Conservative government in planning on making the Census long form voluntary. That's right, voluntary.
I don't think I need to say anything more. Simply follow this link and brace yourselves. This government isn't just incompetent, it is dangerous.
Sunday, July 4, 2010
Notre sénat
Je me suis déjà porté quelques fois sur ce blogue à la défense de nos sénateurs, qui, malgré tous les avantages dont ils jouissent, jouent à mon avis un rôle utile dans notre démocratie.
En lisant un article dans le New Yorker ce matin, j'ai pensé qu'il y aurait peut-être un certain parallèle entre la fonction du Sénat canadien et celle de la Cour suprême des États-Unis.
La Cour suprême américaine, comme notre Sénat, est un organe quasi-politique. Les juges sont nommés par le Président, et s'ils ne sont pas censés voter en fonction de leur affiliation politique, ils suivent presque toujours la ligne du parti qui les a nommés.
C'est en cela que la Cour suprême américaine ressemble bien davantage à notre Sénat qu'à notre Cour suprême. La nouvelle juge Elena Kagan avouait cette semaine en conférence de presse avoir toujours voté pour le parti démocrate. Jamais un juge canadien n'aurait osé faire pareille déclaration.
La Cour suprême américaine, comme notre Sénat, freine souvent des projets de lois que le gouvernement souhaiterait adopter. Les procédés sont évidemment différents, mais le résultat est foncièrement le même. La Cour suprême du Canada invalide aussi des projets de loi, mais beaucoup plus rarement.
Je ne pousse pas plus loin mon raisonnement -en tout cas pas ce soir, comme il est tard-. Je ne dis évidemment rien de particulièrement intéressant, mais il y a peut-être là une piste de réflexion.
En lisant un article dans le New Yorker ce matin, j'ai pensé qu'il y aurait peut-être un certain parallèle entre la fonction du Sénat canadien et celle de la Cour suprême des États-Unis.
La Cour suprême américaine, comme notre Sénat, est un organe quasi-politique. Les juges sont nommés par le Président, et s'ils ne sont pas censés voter en fonction de leur affiliation politique, ils suivent presque toujours la ligne du parti qui les a nommés.
C'est en cela que la Cour suprême américaine ressemble bien davantage à notre Sénat qu'à notre Cour suprême. La nouvelle juge Elena Kagan avouait cette semaine en conférence de presse avoir toujours voté pour le parti démocrate. Jamais un juge canadien n'aurait osé faire pareille déclaration.
La Cour suprême américaine, comme notre Sénat, freine souvent des projets de lois que le gouvernement souhaiterait adopter. Les procédés sont évidemment différents, mais le résultat est foncièrement le même. La Cour suprême du Canada invalide aussi des projets de loi, mais beaucoup plus rarement.
Je ne pousse pas plus loin mon raisonnement -en tout cas pas ce soir, comme il est tard-. Je ne dis évidemment rien de particulièrement intéressant, mais il y a peut-être là une piste de réflexion.
Wednesday, June 30, 2010
Juste pour rire
J'ai failli avaler ma langue en lisant cet article du Figaro. Il y a vraiment de quoi mourir de rire. À croire qu'ils n'ont pas quitté le 19ème siècle.
Dites-vous bien que ces fameuses troupes française d'élite qui ont 'la réputation de cogner fort quand il le faut' ont été postées exprès dans l'une des provinces les moins dangereuses du pays pour minimiser les pertes. Si les français on pu pacifier leur zone de combat, c'est qu'elle n'était déjà pas bien dangereuse.
Mais il faut quand même leur reconnaitre un progrès. Enfin, après plusieurs années de débats et de mûre réflexion, les soldats français sont autorisés à combattre la nuit. Les talibans n'ont qu'à bien se tenir.
Dites-vous bien que ces fameuses troupes française d'élite qui ont 'la réputation de cogner fort quand il le faut' ont été postées exprès dans l'une des provinces les moins dangereuses du pays pour minimiser les pertes. Si les français on pu pacifier leur zone de combat, c'est qu'elle n'était déjà pas bien dangereuse.
Mais il faut quand même leur reconnaitre un progrès. Enfin, après plusieurs années de débats et de mûre réflexion, les soldats français sont autorisés à combattre la nuit. Les talibans n'ont qu'à bien se tenir.
Friday, June 11, 2010
Fighter Jets
It seems that we will be spending (wasting, more likely) 16 billion dollars on a new fleet of fighter jets. Naturally, the jets are American-made. Naturally, they are stunningly expensive. Naturally, there has been no formal competition to find the best provider.
I say naturally, because on the weapon market, the US makes the rules. The French have been building the past ten years a jet that outperforms all its american rivals (the Rafale) but they have yet to make a single sale. Every time a country shows signs of wanting to purchase the Rafale, the US intervenes, Robert Gates makes a few phone calls, and just like that, the deal is dead. It happened in India, it happened in Brazil, it is happening in the United Aram Emirated. It would have happened in Canada. Quite simply, if we had bought a different jet and sent 17 billion of our taxpayer dollars off to Europe, who knows how an irritated Obama would have responded.
I say naturally, because on the weapon market, the US makes the rules. The French have been building the past ten years a jet that outperforms all its american rivals (the Rafale) but they have yet to make a single sale. Every time a country shows signs of wanting to purchase the Rafale, the US intervenes, Robert Gates makes a few phone calls, and just like that, the deal is dead. It happened in India, it happened in Brazil, it is happening in the United Aram Emirated. It would have happened in Canada. Quite simply, if we had bought a different jet and sent 17 billion of our taxpayer dollars off to Europe, who knows how an irritated Obama would have responded.
Wednesday, June 9, 2010
Coalitions And Mergers
Talk of a merger of the Liberals and NDP as reported in the media seems a bit premature. After all, the Conservatives have been in power for less than five years, so it would be rash to the extreme to bring an end to the most successful party in the history of western democracy after a stint in opposition that, in the grand scheme of history, remains still very short.
Things will change -they always do-, and eventually, whatever the current government does-, Canadians will want change and bring the Liberals back to power - for a few years.
Nevertheless, it seems clear that the Liberals have lost their status of 'natural governing party'. They lost it on the day Brian Mulroney swept Quebec and put an end to the century-long Liberal monopoly on which all previous Liberal governments were built. The only reason Jean Chrétien managed to win three successive majorities afterwards is because the right was split. Add up the PC and Reform votes, and you get something resembling the Parliament of today.
It is often said that the Liberals won elections by being the party of the centre. In fact, they won elections by sweeping Quebec and taking advantage of a divided right.
Few democracies have been able to sustain succesful centrist parties. In most European countries, governement alternates between the right and left, with a smaller centrist party choked in the middle. And obviously, in the US, there are only two choices
So where are we heading? Unless the Greens or Bloc disappear, or the NDP vote collapses, we have the status-quo. And in a few years time, if the political complex still shows no sign of changing, a coalition between Liberals and NDP might be the way to go.
Things will change -they always do-, and eventually, whatever the current government does-, Canadians will want change and bring the Liberals back to power - for a few years.
Nevertheless, it seems clear that the Liberals have lost their status of 'natural governing party'. They lost it on the day Brian Mulroney swept Quebec and put an end to the century-long Liberal monopoly on which all previous Liberal governments were built. The only reason Jean Chrétien managed to win three successive majorities afterwards is because the right was split. Add up the PC and Reform votes, and you get something resembling the Parliament of today.
It is often said that the Liberals won elections by being the party of the centre. In fact, they won elections by sweeping Quebec and taking advantage of a divided right.
Few democracies have been able to sustain succesful centrist parties. In most European countries, governement alternates between the right and left, with a smaller centrist party choked in the middle. And obviously, in the US, there are only two choices
So where are we heading? Unless the Greens or Bloc disappear, or the NDP vote collapses, we have the status-quo. And in a few years time, if the political complex still shows no sign of changing, a coalition between Liberals and NDP might be the way to go.
Wednesday, June 2, 2010
À l'approche du G20
Stephen Harper reste sourd aux appels de Paul Martin qui souhaiterait que la pauvreté et l'environnement soient ajoutés à l'ordre du jour du Sommet du G20 qui se tiendra prochainement à Toronto.
Harper prétend que les enjeux économiques sont trop importants pour laisser place à d'autres sujets. Mais il oublie que l'environnement et la pauvreté prennent au contraire une importance nouvelle en ces temps d'incertitude économique. Les chefs politiques ont en effet l'occasion rare de recalibrer l'économie pour permettre un développement plus durable qui favorisera l'enrichissement des populations les plus démunies.
Harper prétend que les enjeux économiques sont trop importants pour laisser place à d'autres sujets. Mais il oublie que l'environnement et la pauvreté prennent au contraire une importance nouvelle en ces temps d'incertitude économique. Les chefs politiques ont en effet l'occasion rare de recalibrer l'économie pour permettre un développement plus durable qui favorisera l'enrichissement des populations les plus démunies.
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